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Extrait d’une interview de Jacques Testart, Le Monde du 8/9 avril 2018

Pour définir le « bien commun » hors de toute influence des lobbys, vous prônez la mise en place de conventions de citoyens. N’est-ce pas ce que font actuellement les Etats généraux de la bioéthique avec leurs conférences citoyennes ?

Le principe est assez proche, mais les conventions de citoyens que je défends vont beaucoup plus loin. Je suis convaincu par ces conférences depuis que j’ai assisté à l’une d’entre elles, en 2002, sur le changement climatique. Là j’ai été frappé de voir comment de simples citoyens, tirés au sort et investis sur plusieurs mois d’une réelle mission, étaient capables du plus haut niveau d’intelligence collective. Et d’altruisme. Et d’empathie. A moi qui suis plutôt pessimiste, cela a confirmé qu’il y a chez tout un chacun un potentiel d’humanité qui est gâché la plupart du temps. C’est une expérience qui m’a réconcilié avec l’homme, et qui propose un vrai projet de société. Je le reconnais, je suis devenu un obsédé des conventions de citoyens !

Peut-être aviez-vous besoin d’espérance ?

Sans doute. J’ai peut-être trouvé là une forme de croyance…Mais comme pour le tri des embryons et mes craintes de dérive eugéniste, j’ai peu d’alliés. Ce que je trouve bizarre dans ma trajectoire, c’est que je défends des causes où je me retrouve seul. Comme si je m’entêtais à m’isoler davantage. Mais il faut bien que je croie en quelque chose. En une bataille politique.

Votre dernier ouvrage, « Au péril de l’humain », dénonce les risques que le transhumanisme fait peser sur notre espèce et sur la démocratie. Une nouvelle cause ?

Non, c’est la même ! Le transhumanisme c’est le nouveau nom de l’eugénisme. C’est l’amélioration de l’espèce par d’autres moyens que la génétique. C’est la perspective de fabriquer des humains plus intelligents qui vont vivre trois siècles, quand les autres deviendront des sous-hommes. Et cette perspective, qui créera des humanités à deux vitesses, est en passe d’être acceptée par la société